« Femme de la rue » ou le reportage que l’on mérite…

Photo: Linda MondryBen wouaip! C’est vrai: il m’arrive aussi de me faire aborder boulevard Lemonnier. Pas qu’une fois, bien évidemment. Suffit, en général, d’y déambuler d’un pas non empressé. Si je n’ai pas de temps à consacrer, je me contente d’offrir un sourire subreptice et, parfois, un signe de main mais il m’arrive aussi d’être relax… Et comme je n’aime pas négliger une personne qui s’adresse à moi, ça me permet souvent d’en savoir un peu davantage. Et bon… Très souvent, il s’agit simplement de sans-papiers. Ben oui… Ils cherchent une nana et, bien sûr, la possibilité de régularisation qui l’accompagne. Mais pas seulement. A chaque fois, c’est sûr, ils vivent les souffrances et la solitude de l’exil. Je le sais bien, ce n’est jamais facile. Quand je m’arrête, en soulignant mon indisponibilité affective, ces gars me quémandent toujours quelques instants.  J’en revois même certains avec qui j’ai lié amitié. Sur un banc ou autours d’un verre, ça ne fait jamais de mal de partager nos histoires. Ils sont toujours ravis d’échanger avec une belge, « Belgo-belge » me disent-ils. Il m’arrive même d’attester de nos relations amicales pour enrichir leurs dossiers de demande d’asile. Ca m’arrive, oui. Parce-qu’on en croise des centaines, voire des milliers, de ces personnes déracinées sur le très central boulevard bruxellois jouxtant le vieux quartier Anneessens.

Photo: Linda MondryLe moins que l’on puisse dire, c’est que ça n’a jamais été Byzance ici. Des quartiers touristiques, où les commerçants se plaignent parfois de la fréquence des travaux de rénovation des artères, on pénètre très directement sur les vieux pavés défoncés en se dirigeant vers la gare du Midi. Par temps de pluie,  les trottoirs y sont carrément inondés. Faut même éviter, surtout à partir de l’automne, d’y venir chaussée de talons tant la circulation piétonne peut s’y révéler difficile. Ca a toujours été comme ça, dans les ruelles d’Anneessens: faut avoir les tripes bien accrochées pour vivre entre des, trop souvent, façades lépreuses et buildings délabrés. Pour les jeunes belges d’origine maghrébine, le seul fait d’y être domicilié est souvent ressenti comme une véritable fatalité: « Déjà quand t’as un nom à consonances marocaines, c’est pas trop facile de trouver du taf, m’y souligne-t-on. Mais quand tu mentionnes ton adresse, ça devient carrément mission impossible. » Ben oui… Qui ne connait pas la réputation du quartier? Suffit d’en parler pour que tout qui n’y habite pas se mette à trembler. Et comme ça fait quarante ans qu’ils s’y sont installés… Les immigrés marocains. Avant, tout simplement, c’était surtout des espagnols qui y vivaient. Un de mes potes de cette origine y a même grandi, à la rue évidemment. De toutes sa bande d’amis, ils ne seraient que deux à avoir survécu. C’était d’ailleurs déjà comme ça pour les polonais et même les « anciens belges » qu’on y retrouve encore parfois: royaume de la débrouille et de la misère, cour des miracles urbaine… Alors aujourd’hui, avec l’afflux des migrants subsahariens à proximité du canal, les communautés y perpétuent une guerre plutôt froide. Les uns accusant les autres d’envahir leurs rues et logements, les autres reprochant aux uns de refuser le partage des lieux. Même un tunisien fraîchement débarqué m’a demandé, face au glacial accueil local, où pouvait bien se trouver la solidarité musulmane.

Photo: Linda MondryJ’y retrouvais un réfugié guinéen, dans le parc Fontainas. Bordé de hautes barrières noires plutôt que de haies fleuries permettant, j’imagine, aux forces de l’ordre d’en circonscrire plus aisément l’accès. Tout comme certains lieux de rencontre ayant été, ces dernières années, purement et simplement interdits pour cause de présence délinquante. Assise sous la torpeur estivale, j’y refuse quelques transactions parallèles en attendant mon joueur de djembé qui, je l’observe, s’installe à proximité d’un pare-soleil fréquenté par des enfants. Et encadrés par des animateurs présents autant pour les occuper que pour limiter d’éventuels débordements. Sur l’herbe rase et sèche, ma présence nationale ne pouvant être perçue que comme potentielle clientèle, je m’approche plutôt du jeune africain résolu à briser les barrières culturelles.  Ben oui… Il a toujours tout obtenu de la vie grâce à son djembé, me dit-il: « Quand je suis arrivé à l’aéroport, la police m’a laissé passer la douane, tout simplement, parce que je n’arrêtais plus de jouer. » J’avais un peu de mal à le croire alors il m’a ensuite raconté qu’en s’installant sur la Grand Place, pour célébrer son arrivée dans notre capitale, il avait remis le couvert. Comme, vieille mesure talibane, la musique sans autorisation y est interdite, la police de la vertu se serait immédiatement repointée. Il aurait alors tant sorti le grand jeu qui laisse bouche bée que l’un d’entre-eux aurait tourné les talons vers l’Hôtel de ville pour en revenir aussitôt… Avec la permission écrite susmentionnée. Alors voilà, il utilise toujours aussi efficacement son talent. Pour créer des ponts entre les communautés, il donne des cours de percussions aux enfants. Et à tout qui veut en profiter. Comme ça, gratos à l’oeil… Suffit de s’asseoir, de prendre un instrument pour suivre et partager ses conseils et son rythme. « Mon djembé, c’est ma première femme« , me souligne-t-il. Sensiblement maternel, il sait manifestement s’y prendre avec les gosses: même des mamans enfoulardées s’aventurent à participer à son jeu.

Photo: Linda MondryPhoto: Linda MondryFaut dire… Son père était le joueur attitré de son village, en Guinée. Et son grand-père et son arrière-grand-père aussi… Alors lui, il est né avec l’instrument dans les mains mais, surtout, ses battements dans le coeur. « A Conakry, je suis  une personne très populaire« , me précise-t-il pour m’expliquer la raison de sa venue dans notre pays: « Je voudrais établir des relations avec la Belgique pour ouvrir  une école de percussion et réaliser des échanges entre les jeunes de nos deux pays. » Las, n’ayant pas de permis de travail, il survit donc grâce à des cours dispensés, en noir évidemment, autant à Liège qu’à Anvers. Il aimerait bien entendu trouver, en tant qu’artiste, de meilleures conditions de vie et relations de travail. Pour l’instant, il est donc toujours en quête d’occasions pour exprimer son art et le partager avec les autres. Dès la semaine suivante, il me convie d’ailleurs à un concert donné par son groupe ici-même. C’est la Fête des voisins et, grâce à une assistante sociale d’une association riveraine, ils ont obtenu l’installation d’un podium par la Ville de Bruxelles. Après avoir partagé un verre dans un café, à proximité, nous nous sommes donc quittés forts bons amis.  A tel point que lors de nos retrouvailles, en m’invitant à m’asseoir sur la scène, il m’a préalablement ceint le poignet  d’un magnifique bracelet africain que je porte encore, à l’instant d’écrire ces lignes. J’dois dire, j’ai été accueillie comme une reine. Sur le barbec juste à côté, z’ont même été me chercher une assiette de brochettes accompagnée d’une salade et d’un gobelet de rouge… J’avais les battements de mains pleins les yeux et je n’étais pas la seule à me laisser emporter par leurs sons endiablés. Ca commençait à, sincèrement, bien chauffer la bonne humeur du public: les p’tits groupes maghrébins grossissaient à vue d’oeil alors que les rastas n’hésitaient plus à se déhancher.

Photo: Linda Mondry

Photo: Linda Mondry

C’est vrai qu’il était populaire. On est passés de groupes en attroupements pour serrer des mains et, alors qu’il n’était arrivé en Belgique que depuis trois mois, tout le monde le connaissait. Certains le qualifiaient même, ouvertement, de « maître. » Je décolle toujours aussi, c’est sûr, quand je contemple l’envolée musicale, les yeux par moments révulsés, d’un percussionniste. Orientée par sa notoriété, je navigue donc aisément d’un sourire à un autre. Wouaip, bien sûr, faut tenir le cap entre les propositions de bières et de joints pour garder l’esprit, journalistiquement, clair parmi tous ces musulmans… Mais bon, c’est pas l’heure de traîner: mon hôte a également promis aux p’tits vieux du quartier de leur offrir, avec un pote, quelques airs plus calmes et chants traditionnels de sa terre natale. Juste à un jet de pierre, sur le parking commun d’une petite cité sociale gérontologiquement proprette. Même que Freddy Thielemans, le bourgmestre socialiste de Bruxelles, est venu les applaudir, sous le soleil festif, en partageant une assiette. Y’avait tout un tas de gens qui avaient été ravis de lui offrir quelques spécialités, grillées et épicées sur le charbon,  propres à leurs cultures et leurs pays. On se prenait même en photos, bras dessus-bras dessous, alors j’ai été très étonnée par l’intervention policière, juste ensuite, dans le parc Fontainas. Sont arrivés comme ça, les poulets, alors que l’ambiance était tout ce qu’il y a de plus bon enfant pour éteindre le barbecue à coups de jerricans d’une eau plutôt beaucoup trop mouillée. Pas bon du tout pour éteindre le feu sur lequel leur chef, himself, venait de rabioter quelques unes de leurs cuisses. Une part des troupes a tenté de leur tenir tête tandis que tous les sans-papiers, sans exceptions, sont prestement sortis hors de la nasse dans un réflexe aussi manifestement habituel que commun. La moitié du public s’était tout simplement enfuie et, de loin, je voyais l’eau gicler par dessus les flammes mourantes. L’était vraiment dégoutté, mon guide… Alors comme tout le monde ou presque, nous sommes partis. C’est moche parce que la musique, pour les jeunes des quartiers, c’est franchement important.

Photo: Linda MondryPhoto: Linda MondryEnfin bref… c’était le bordel. La fête était gâchée et ça courait dans tous les sens. Les plus jeunes s’empressaient de rentrer chez eux, albums de groupes locaux, fraîchement achetés sur les lieux, encore entre les mains. On est retournés dans son café pour décanter une bière autours d’un repas délicieusement partagé par quelques nanas déjà présentes.  Finalement, tout le monde m’a à nouveau été présenté et, d’une décantation à l’autre, la mauvaise humeur est totalement retombée. Y’avait des gars de partout. Du plus paumé au plus costardisé et aussi des filles, même polaks et parfois prostituées. On s’est pas emmerdés pour un sou… Les confidences, les rires et les conversations allaient tellement bon train que j’ai pas vu arriver la nuit. C’était trop cool, en fait, j’avais même plus besoin de penser à mon sac à main. Ils se relayaient tous pour le surveiller comme la prunelle de leurs yeux. Jusqu’au moment, en fait, où mon compagnon a discrètement interpellé un mec plutôt classieux, à lunettes de soleil et au chapeau stylé, pour lui glisser quelques mots à l’oreille. Lorsque plusieurs gars de l’assistance eurent fait de même, le ‘sieur est parti vers un lieu, connu de lui seul, pour en ramener quelques pacsons d’épices locales. Pas besoin d’en faire un plat, c’est comme ça à peu près dans tous les quartiers de la capitale. Que ce soit à la gare centrale, à Boitsfort ou à Matongé, l’aveuglement de la police semble confiner à l’approbation tacite. J’imagine que ça calme les gens tout en permettant, à certains, d’arrondir leurs fins de mois. S’il n’y a pas de bandes urbaines véritablement organisées à Bruxelles, au contraire de ce que clament les journaux, je ne nierai pas qu’il existe une hiérarchie de distribution de drogue douce autant que dure mais là… Très vite, hormis pour la vente au détail, on décolle largement du monde de la rue. J’avoue, je n’ai pas précisément enquêté sur ce sujet. J’ai plutôt accompagné mon demandeur d’asile à l’extérieur.

Photo: Linda MondryOn a encore taillé la bavette, au coeur de la nuit, avec quelques rencontres impromptues alors qu’il entrait dans un nightshop pour s’y procurer, comme de coutume ici, une cigarette et une feuille de papier. Il m’a ensuite attirée dans une ruelle où, entre voitures et pas de porte, il m’a bien entendu déclaré sa flamme. Quelles que soit ses motivations et sa sincérité, je l’ai bien senti, j’ai largement du puiser au plus profond de mon coeur pour décliner son offre en douceur. Oui, je sais, j’me l’étais faite baroudeuse mais plutôt sexy et bon… En reportage, j’ai toujours le contact facile, ‘videmment. Même que c’est Lubna, une ‘tite ado du quartier, qui m’avait aidée à choisir ces fringues… ‘Fin bon… J’l'ai donc invité à terminer la soirée dans un café-concert que j’aime bien. Dans mon monde à moi, cette fois. Y’avait pas de live ce soir mais, autours de trappistes et de morceaux de fromage, j’avais envie de lui montrer les lieux. Peut-être y découvrirait-il un nouveau milieu musical que je pourrais lui apporter à travers une rencontre amicale? Y’a pas à dire, on a encore blablatté pendant une bonne partie de la nuit. Jusqu’à ce qu’il commence à recevoir des coups de fil de la part de ses potes… Qui se demandaient ce qu’il pouvait bien foutre avec une journaliste de manière aussi récurrente et tardive: « Tu sais, c’est comme ça dans le quartier. Et puis, pour la musique, j’y ai déjà aussi un manager… » De fait, il m’avait présenté cette grosse paluche durant la journée mais, en embrassant très amicalement mon invité, je me doutais que je ne le reverrais plus.

Photo: Linda MondryPhoto: Linda MondryEn repassant par le boulevard Lemonnier, la semaine suivante, je n’ai pourtant pas résisté à la trop grande curiosité d’entrer dans son café qui n’était plus que silence et vide. Dans le parc Fontainas, j’ai été hélée par un groupe, clairsemé, de jeunes que je ne connaissais pas mais qui, eux, me reconnaissaient sans peine: « Madame la journaliste! » Ben oui, j’avais bien suffisamment fait de ma merde par ici… Y m’ont carrément lâché en pleine face tous les clichés véhiculés par les massmédias: « Ici, on ne fait plus confiance aux gens comme vous. » Et chiotte de merde! J’me suis, de surcroît, fait chopper mon appareil photo pendant que je négociais l’affaire! M’en suis rendue compte quand j’ai vu la poche de mon sac ouverte en rentrant vers la Bourse. Tu parles comme j’avais bien spéculé, p’tite pigeonne déboussolée sans son guide… ‘Fin bon. Je l’avais bien cherché et, sans grande valeur, il me suffisait d’en racheter un autre. J’avais gagné un reportage de terrain mais, dans ce monde de la rue, récolte-t-on toujours bien seulement ce que l’on a mérité?

Photo: Linda MondryTexte et photos: Linda Mondry (en réponse au reportage « Femme de la rue » de Sofie Peeters)

76 Comments

  1. Gavroche dit :

    Merci, vraiment, pour ce beau reportage plein d’humanité.
    Y’a pas à dire, ça nous change de l’autre … ;-)

  2. aL dit :

    Merci beaucoup.
    la réalité est tellement complexe… elle mérite qu’on la raconte comme vous le faite, avec amour, du recul, de l’autodérision, de l’écoute.

    • Linda Mondry dit :

      Merci beaucoup. Oui, j’aime faire ce genre de reportage de terrain, effectivement. :) Et oui, j’suis toujours heureuse de briser des idées toutes faites et des clichés, ça fait partie de mon rôle de journaliste, je pense. Et surtout pas le contraire.

  3. Name required dit :

    Bonjour

    Certes c’est un beau papier, mais étant particulièrement stupide je ne comprends pas bien en quoi il s’agit d’une réponse.

    Montrer une réalité différente suffit-il pour infirmer le propos de Mlle Peeters ?

    Quant au titre, désolé, mais il me semble particulièrement vicieux car, en gros, selon lui, Mlle Peeters a donc mérité ce qui lui est arrivé… Navrant.

    Bien à vous

    • Linda Mondry dit :

      Ben je lui montre tout simplement que faire du journalisme c’est aussi aller voir plus loin que le bout de son nez. Se faire insulter bd lemonnier, c’est à la portée de n’importe quelle femme. Caméra cachée ou non. Je pense que vous avez mal lu la conclusion. Femme, à Anneessens, ben oui… je sais. Tout est là. J’ai non plus rien inventé.

      • Linda Mondry dit :

        Puis quand on y pense, faire du journalisme caméra cachée sans se déclarer… Ca fait un peu… Enfin c’est pas vraiment vraiment honnête quoi.

      • Name required dit :

        Bonjour

        Nous sommes d’accord, être journaliste n’est pas simplement se balader avec une caméra, même si malheureusement beaucoup ont tendance à le croire. Et je ne vous accuse certainement pas d’avoir inventé quoi que ce soit – comme écrit plus haut, à mon sens vous montrez une autre réalité, peut-être parce que vous avez plus d’empathie/moins peur. Et je retire ce que j’ai écrit sur le titre, je lui ai donné un des sens qu’il pouvait avoir sans en percevoir les autres (les méfaits de la lecture rapide…).

        Par contre je ne vous rejoins pas sur le côté « malhonnête » de la caméra cachée (par ailleurs déclarer que l’on cache sa caméra me semble un peu, comment dire, naïf). Dans certaines circonstances le procédé me paraît justifié, même si parfois on a effectivement l’impression que le côté « caché » sert aussi pour le journaliste à donner l’impression de danger, de transgression, dans une situation qui ne le justifie pas forcément.

        D’ailleurs, un des reproches que j’adresse à Mlle Peeters est de s’être cantonnée à son seul environnement géographique (et peut-être également une certaine hypocrisie). Elle se serait attardée auprès de certaines terrasses du côté de la place du Châtelain, elle aurait pu entendre exactement le même style de propos. En fait, non, elle ne les aurait pas entendu à cause d’un vernis de bienséance. Mais en tant qu’homme, donc aux yeux de beaucoup d’autres hommes forcément « sympathisant », l’on peut en entendre de « belles ». Mais je peux vous garantir que sans caméra cachée jamais vous ne pourriez fixer ce genre de comportement.

        Excellente journée à vous

      • Linda Mondry dit :

        Pour ma part, j’annonce toujours que je suis journaliste. Et si je vois des conflits et des agressions ben je pose la question de leur cause exactement. Ca permet aux gens de s’expliquer. Et de ne pas rajouter de l’huile sur le feu. Ca n’a jamais fait obstacle à mon travail et à ma quête de vérité bien au contraire. Et si les gens refusent de répondre à mes questions, ben je le mentionne ouvertement. En général ça suffit, en fonction de la question, pour faire comprendre la signification de ce silence aux lecteurs. Enfin, si l’enquête a été bien faite. Mais oui, il faut bien le constater, y’a des gens qui savent vous maltraiter très poliment. C’est bien clair. Suffit de voir comment nos hommes politiques se comportent. Suffit de voir comment ça se passe dans les bureaux. C’est souvent assez pathétique et terrible de violence.

      • pablo_réli dit :

        « Se faire insulter bd lemonnier, c’est à la portée de n’importe quelle femme » je ne comprends pas du tout ce que vous voulez dire par là. Est ce pour dire que c’est vraiment trop facile et que donc il n’y pas de vrai travail de fond dans le reportage de Sofie ? pourtant vous dites vous ne jamais vous être faites insultée, et je trouve aussi que son reportage va plus loin qu’une compilation d’insultes. ou bien est ce pour dire qu’il n’y pas de quoi fouetter un chat ? ou autre chose … ? ça me laisse vraiment perplexe, car si c’est très facile de se faire insulter alors c’est un très grave problème, suggérez vous qu’elle l’a provoqué ? et si oui de quelle manière ?

        Selon moi le reportage de Sofie est interessant (le votre aussi mais je pense comme d’autres personnes des commentaires qu’il n’ont pas le même sujet) car il met en regard deux réalités en les esquissant : le point de vue de jeunes femmes pour qui la quotidienneté des remarques sexistes et dégradantes vire au harcèlement moral, et de l’autre coté, des populations fragilisées qui souffrent de ghettoisation, dont une partie minoritaire des jeunes garçons exprime de l’agressivité en invectivant de façon insultante des jeunes femmes dans la rue, possiblement en retour de flamme de la violence sociale que représentent l’exclusion, la stigmatisation et bien sur la pauvreté.

        ce sont des esquisses et donc il faut s’armer soit même pour ne pas tomber dans la dérive de certains courants féministes/islamophobes. C’est peut être un risque, mais je ne trouve pas que Sofie soit ambiguë dans son propos, c’est plutôt une démarche assez franche que de vouloir montrer des décalages entre des populations qui ont beau habiter au même endroit, vivent dans des mondes différents. Et oui on sait aussi que dans les classes bourgeoises le sexisme est lui aussi bien installé et que les remarques entre mecs sont parfois de grandes violences, mais qui militera pour l’instauration d’une police de la conversation privée ? d’une police de la pensée ? les actes sont sanctionnables quant à eux, et le fait que la violence des hommes envers les femmes s’expriment de façon écrasante dans la sphère privée prouve au moins qu’ils connaissent l’inacceptabilité de leurs actes. l’insulte de rue, elle, semble frappée d’impunité.

        De plus il me semble que le reportage est honnête justement car il ne fournit pas uniquement des images brutes d’insultes mais aussi les ficelles du reportage. Elle nous explique qui elle est, pourquoi elle fait ce documentaire, et comment elle va s’y prendre. c’est ca l’honnêteté journalistique. (pouvez vous dénoncer ce qui se passe dans un centre de rétention pour sans papiers avec votre principe de transparence ? recueillir les propos off d’un patron de télé qui considère que son métier est de vendre du temps de cerveau disponible ? comment compter vous percez les secrets des puissants, les coulisses de la police, de la prison, du secret défense gouvernementale qui cache parfois l’intérêt de lobbys agroalimentaire, pharmaceutique… avec votre quête d’objectivité, comme si l’enquêté n’était pas lui aussi susceptible d’orienter le contenu, voire de l’instrumentaliser. je crois que c’est un débat un peu indépassable en journalisme, c’est un problème d’éthique et je pense que selon le sujet il faut savoir quelles sont les outils nécessaires et acceptables. ici les reproches que vous lui adressez ne me convainquent pas alors qu’au visionnage du reportage je penchais aussi pour une inquiétude de récupération facile et raciste.

        au passage, joli reportage (le votre) qd meme :)

      • Linda Mondry dit :

        Ben ce que je veux dire c’est que relater c’est bien oui mais si j’ai envie de trouver des insultes où que ce soit, ben c’est très facile à faire. Tout le monde sait faire ça. Maintenant en trouver les causes, analyser le quartier, prendre le risque de l’explication, de poser des questions bref d’enquêter autrement que superficiellement ben j’trouve que c’est important. Les risques que je prends en allant sur un terrain d’enquête, je les prends en connaissance de cause. Si je vais dans la cage d’un tigre, même si je lui dit que j’en ai pas envie et qu’il doit m’obéir, est ce que je peux lui reprocher de me croquer?

  4. Pétronille dit :

    Bien entendu chacun peut affirmer avoir raison, sans se tromper.
    En photographie on peut faire un gros plan un plan moyen ou un plan large. La vision est différente, plus le plan est large moins on voit les détails, mais cela n’enlève pas la pertinence du gros plan dont c’est le rôle que d’attirer l’attention sur une partie précise du sujet.
    Cordialement,

    • Linda Mondry dit :

      C’est sûr qu’Anneessens est un quartier sensible. Je le reconnais. Mais bon, en tant que journaliste, ça doit pas m’effrayer si je veux voir plus loin pour moi même et mes lecteurs. Ca se passe, en général, dès les premiers contacts. Ca se passe bien ou mal et faut naviguer avec ensuite. Ca en devient plus ou moins difficile. Et effectivement le résultat final est différent. Je connais aussi pas mal de belges « belgo-belges » qui se sentent pas nécessairement mal à Anneessens. Nanas y compris.

  5. Freddy Visconti dit :

    Toujours aussi bons tes articles ma petite Linda.
    Heureusement que tu es là !

  6. tijeromebosch dit :

    mais mais mais c’est possible de faire un reportage sur le quartier anneessens (à présent mondialement connu) avec de l’empathie alors?
    à mon avis vous n’êtes pas très orthodoxe comme journaliste!

  7. Isabelle dit :

    « Se faire insulter bd lemonnier, c’est à la portée de n’importe quelle femme. »
    C »est peut-être bien là que le bât blesse, quel que soit le degré de chaleur humaine et les formidables réseaux de solidarité qui se cache derrière.
    Oui il y a un monde à découvrir, et il est injuste de stigmatiser tout un quartier, une population à cause de quelques-uns, mais cela n’excuse pas l’attitude illustrée dans le projet de Mlle Peeters.

    • Linda Mondry dit :

      Sincèrement quand on raconte une histoire on en raconte pas seulement la fin mais aussi le début. Qu’est ce qu’il se serait passé si j’avais, journalistiquement, hurlé que je m’étais fait piquer mon appareil photo, a anneesens, sans rien expliquer? J’vous laisse deviner.

    • tijeromebosch dit :

      le petit problème avec le projet de mlle peters c’est qu’il y a une inflation de trucs comme ça
      le genre « enquête-destinée-à-provoquer-le-débat » avec un storytelling hyper simplifié
      ça nous prend pour des cons et ça ressemble plus à de la pub qu’à du journalisme

      • Linda Mondry dit :

        Ben elle ne nous parle même pas du début de l’histoire. Juste de ses conséquences. J’appelle pas ça une enquête honnête.

  8. kalus dit :

    Bonjour Linda. Je ne vous connais pas et je ne connais pas la Belgique (j’ai pu lire votre article grâce au lien de « La vraie Gavroche ») mais je trouve votre reportage passionnant. Très intéressé par les problématiques sociétales de notre époque (intérêt lié sans doute à mon histoire personnelle : je suis un homme du Sud qui a vécu 20 ans en Europe) j’ai trouvé que vous avez su rendre compte avec humanité et respect (et peut-être aussi beaucoup d’empathie me semble-t-il) de la complexité des relations humaines dans ce type de situation. Je pense que c’est cette complexité qui fait défaut bien souvent dans les analyses effectuées sur les problèmes de migration et d’interculturalité. De mon expérience personnelle je retiens (je ne parle que des personnes honnêtes et de bonne volonté) un manque de compréhension dû à des références culturelles différentes et à des projets de vie bien différents. Il ne faut pas oublier que les relations Nord-Sud sont forcément conditionnées (de manière consciente ou inconsciente) par l’Histoire avec ce que cela comporte de préjugés d’un côté comme de l’autre. Ajoutons à cela les contingences institutionnelles de toutes sortes , qui sont par nature dépourvues de toutes nuances, et nous comprenons à quel point l’avenir ne s’annonce pas sous les meilleures auspices.

    • Linda Mondry dit :

      Ben oui, y’a danger. Effectivement mais bon… C’est à tout le monde de faire les efforts nécessaires, humainement, pour ne pas en arriver là. Un gros prob, pour l’instant, est bien entendu cette dictature financière aveugle qui nous jette dans la peur et la misère. Je ne pense pas que les véritables probs de la société soient seulement dans la rue. Loin de là. Mais oui, faire les choses humainement, avec coeur, ça aide à voir et à faire que ça se passe bien. Bète logique. Je fais toujours très attention à ajuster mon comportement avec justesse aux situations qui se présentent à moi. Les idées toutes faites ça ne fait qu’ajouter des obstacles.

  9. Pas l’habitude de laisser des commentaires…
    Traces de pas dans le sable, effleurés par la vague puis effacés…
    Mais là…
    Dire simplement que ça fait du bien une fenêtre qui s’ouvre, dans le perpétuel ressac mécanique du politiquement correct…
    Dire simplement qu’il est bon de réagir contre cette nouvelle peste émotionnelle, tissée d’angoisse sexuelle soi-disant objectivée, qu’on tente de nous imposer comme norme…
    Et que le temps de l’affrontement approche, qui nous surprendra tous…
    Car pour ce que j’en sais la bêtise est souvent blanche, et l’intelligence métissée…

    • Linda Mondry dit :

      « angoisse sexuelle soi-disant objectivée, qu’on tente de nous imposer comme norme »… Ben oui tout à fait exact. Encore un prétexte pour imposer la dictature policière dans les bas quartiers. Je conseillerais au policiers, et aux autorités communales, d’essayer le respect. A la région et à l’Etat de lutter contre la discrimination à l’embauche, pour une école en bon état qui tienne compte de chaque enfant dans ses spécificités, etc etc… Les airs sont ultras connus. Déjà respecter la fête, juste ce jour là, ça aurait été pas mal. Tout allait hyper bien avant qu’ils arrivent.

  10. jacqueline dit :

    Formidable ! Il suffit qu’une femme dénonce les machos pour que d’autres femmes la taclent immédiatement. les machos peuvent vous dire merci.

    Vous trouvez ça excusable d’insulter quelqu’un sur son passage ? Est-ce à dire que vous considérez que la courtoisie ne peut être le fait et l’exigence de toute population ? Trop pauvres pour être polis ? Trop immigrés pour être respectueux ? Mais c’est du racisme ça !

    • Linda Mondry dit :

      Absolument pas. Sauf que j’y ai été, assez longtemps et que personne ne m’y a insultée. Ca ne m’arrive encore jamais quand j’y passe, au contraire, mais je suppose que ce ne sera pas son cas. J’imagine, dès lors, qu’elle a fait quelque chose de travers dans la relation, ce qu’elle ne mentionne aucunement en rejetant tout le mal sur les autres. je trouve ça très louche et pas du tout ni honnête ni « objectif ». En tous cas, j’avais aucune intention de me faire insulter juste pour lui faire plaisir et ne pas la tacler. Suis pas obligée de faire les même bêtises. Alors voilà, ben désolée de pas m’être faite insultée par les gars d’Anneessens. J’ai pas été non plus les prendre à revers avec une caméra cachée. Franchement pas net. Genre basse vengeance opportuniste.

      • jacqueline dit :

        Vous y êtes allée « longtemps ». Elle s’est contentée de vivre vraiment dans le quartier si j’ai bien compris.

        Vous imaginez qu’elle a fait quelque chose de travers dans la relarion ??? Vous êtes vraiment une femme pour écrire des énormités pareilles ?
        Il faudrait avoir fait quelque chose de travers pour être agressée sexuellement… Désespérant.

      • Linda Mondry dit :

        Primo, elle ne s’est pas faite agresser sexuellement. et deuxio ben oui, je suis une femme. C’est bien pour ça que je sais, en tant que femme, que je suis responsable de mes actes et qu’il m’arrive d’agir de travers. Oui, ca m’arrive, en tant que femme aussi. Oui, je commets parfois des erreurs. Même que si j’avais des mauvaises intentions, heureusement j’en ai pas, mais oui… Je saurais faire du mal aux autres. Oui, les femmes savent aussi faire ça. On n’est pas des blondes. D’ailleurs c’est pas très gentleman de remettre en cause ma féminité tout simplement parce que je ne me suis pas faite insulter à Anneessens. Ces gars ne se sont pas permis cela…

  11. Jeep Novak dit :

    Très très belle promenade :-) )) quoi que je ne vois pas trop le rapport avec le magnifique documentaire de Sofie, mais bon …
    On attend la suite, Anderlecht, Molem ???

    • Linda Mondry dit :

      Ben j’suis une femme,journaliste aussi, je vais à Anneessens et je me fais pas insulter. c’est donc qu’il doit y avoir un rapport. ;) Pour la suite dans les quartiers, il semblerait que mes pas me poussent vers molem.

  12. Laurence dit :

    J’aimerais avoir encore un blog pour apporter mon témoignage sur ce « débat », qui me tourmente pas mal. Mais comme je n’en ai plus, je viens ici raconter ma « version des faits », car ça me semble un lieu où parlent des vrais gens, avec un vrai coeur et des vrais sentiments.

    J’habite presque à Annessens (mon copain habite sur la place, je vis près de la gare du Midi, je travaille à la Bourse et je donne des cours de français le soir près de Sainte-Catherine – mais là où les touristes ne mettent jamais les pieds).

    Quand je suis seule, je me fais presque toujours aborder boulevard Lemonnier. Parfois c’est bon enfant, mais parfois non. Je ressens souvent beaucoup d’animosité dans la voix de ceux qui me hèlent. Comme une menace, une intimidation : tu es seule, tu es une proie, tu dois être sur tes gardes. Les gars qui trainent sur le Boulevard ne m’adressent jamais la parole quand je suis avec mon copain.

    Contrairement à Sofie Peeters, on ne m’a jamais traîtée de pute ni de chienne. Mais je ne suis pas une jolie blonde flamande avec des petites bottes qui claquent. Je suis une fille au physique passe-partout, qui ne se fait pas remarquer et qui a l’habitude de la ville, qui sait les attitudes à adopter. C’est triste à dire, mais j’ai intégré le fait que je devais m’écraser. Je ne regarde pas les hommes dans les yeux.

    Votre reportage fait envie : j’aimerais pouvoir avoir de vrais échanges avec les gens de ce quartier. Des rapports de bon voisinage. Mais ce n’est pas le cas.

    On m’a volé mon téléphone à l’arrachée dans la station Annessens, pas très violemment, mais c’était quand même pas marrant à vivre. On a cambriolé mon copain trois fois. Les rues sont dégueulasses, y a pas d’espaces verts. C’est un coin sordide, Anneessens, pour tous ceux qui y vivent.

    J’ai la chance de pouvoir espérer en partir un jour, je vais d’ailleurs certainement le faire très prochainement (je gagne correctement ma vie, j’ai envie d’un environnement plus confortable). Les petits gars d’Anneessens ne pourront sans doute pas se permettre ce luxe, ou alors c’est pour se retrouver dans une situation plus problématique encore.

    J’ai la chance de pouvoir aller me détendre Place Saint-Géry. Là où on ne voit jamais les petits gars d’Anneessens. Pourtant, c’est à deux pas. Sans doute, comme moi je ne me sens « pas la bienvenue » Boulevard Lemonnier, ne se sentent-ils pas les bienvenus dans les quartiers branchés (les laisserait-on même s’asseoir en terrasse ?). Cet hiver, j’ai amené mes élèves du cours de français (des primo-arrivants, des sans-papiers) au marché de Noël. Je leur avais fait découvrir le Manneken Pis quelques mois avant. Ils n’y étaient jamais allés. Chacun chez soi et les cochons seront bien gardés…

    Bref, je suis sensible à la complexité de la situation. Ca me tracasse énormément. En tant que Bruxelloise et en tant que femme.

    Mais il ne me viendrait pas à l’idée de critiquer le reportage de Sofie Peeters. C’est une petite étudiante en cinéma, qui nous a livré un petit bout de sa vie. Le témoignage d’une voisine. Elle n’a pas fait de journalisme d’investigation, ni beaucoup d’effort pour essayer d’analyser ce phénomène. Elle n’a jamais prétendu le contraire. Elle n’a pas essayé d’aller rencontrer, comme vous l’avez fait, ces gens. Je ne vais pas l’en blâmer. Moi non plus, je ne le fais pas, sauf dans un cadre très formel, rassurant, comme mon activité de bénévole. Mais je me demande parfois si mes gentils étudiants qui m’offrent des gâteaux marocains pour me remercier de mes cours seraient si polis si je les croisais en rue, en rentrant de soirée, seule.

    Depuis que ce film fait parler de lui, je ne cesse d’en parler autour de moi. Les intimidations dont sont victimes les femmes, dans ce quartier ou ailleurs, c’est une réalité que les hommes ne voient pas. En ce sens, je trouve que son film a beaucoup de mérite.

    Dernière chose : pour moi, la caméra cachée n’est pas un moyen malhonnête. Elle a flouté les visages des insulteurs, je crois (en tout cas, c’est ce qui apparaît dans l’extrait qui circule partout). Le droit à l’image est donc respecté. Il est évident que si elle avait été vers ces hommes en leur disant qu’elle faisait un reportage, leur attitude aurait été très différente. Mais alors, il y aurait eu une rencontre, un dialogue. Or, cette rencontre et ce dialogue, ce n’est pas représentatif de la réalité par la plupart d’entre nous.

    Je ne parle pas aux gens qui squattent le Boulevard Lemonnier et me disent des « charmaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaante » que je ressens comme menaçants. Ils ne me parlent pas non plus, ils me sifflent comme un animal. C’est ça, la triste réalité (la mienne, en tout cas).

    • Linda Mondry dit :

      Oui ben, pour ma part, je suis très à l’aise avec ces gens. A toute heure du jour et de la nuit. ils le sentent et il ne m’arrive rien. Pourtant, je suis pas attifée comme un fagot. Pour le reste, ben oui elle est jeune, sofie, mais ce que je comprends beaucoup moins c’est que les massmédias relaient un « petit reportage » sans même se donner les moyens d’envoyer un journaliste de leur rédaction par eux même. Et véhiculent à longueur d’années des « reportage » qui n’en sont pas ne véhiculant rien d’autre que des clichés. Maintenant, oui, il y a des probs à Anneessens. mais pas seulement un seul: y’a le logement, y’a l’école, y’a le boulot et les problématiques familiales entre autres…. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça fait des décennies que ce quartier est tout simplement délaissé. Si on veut obtenir le respect des gens, la première chose à faire n’est pas de le réclamer mais de le leur donner. L’amélioration viendra ensuite d’elle même en fonction de ce que nous ferons. C’est bien là, un des sens de mon message et, peut-être, mon secret pour ne pas me faire insulter. Je ne suis pas une personne qui cède à la peur, et ça se voit aussi. Merci pour ce très beau texte, en tous cas.

      • Laurence dit :

        Je ne crois pas que le simple fait d’être à l’aise vous immunise contre les ennuis, voire contre les insultes.

        La fois où on m’a volé mon GMS là-bas, j’étais amoureuse et je souriais en parlant au téléphone. Vous êtes certainement plus décontractée que moi, vous avez un tempérament plus franc, mais je ne tremble pas non plus comme une feuille quand je me balade dans ce quartier. J’essaie juste de me faire discrète, de ne pas accrocher accidentellement les regards, pour éviter les « Mademoiselle, tu es très jolie, tu veux venir avec moi » qui, si ils ne sont pas des insultes, sont quand même pénibles à vivre quand c’est systématique. Comme je le soulignais, ce qui me met particulièrement en colère, c’est que ces gars ne se permettent jamais de m’aborder quand je suis avec mon copain – comme si je devais être accompagnée d’un homme pour être respectée.

        Désolée, mais je ne veux reconnaître aucune responsabilité par rapport au fait d’être embêtée dans la rue. Au niveau individuel, c’est une femme qui n’a rien fait de mal qui est harcelée par con d’homme qui ne réfléchit pas et qui fait payer sa frustration à une personne plus faible. Et ça, c’est intolérable.

        Maintenant, qu’il y ait une responsabilité collective : d’accord. Nous avons voté pour les gens qui laissent pourrir ce quartier. Nous votons encore et toujours pour eux, et on le refera en octobre. La politique que nous appuyons ainsi est une politique à court terme, égoïste et étriquée. Défendre « les siens », et rien que les siens.

        Je travaille dans le domaine de l’emploi, je sais ce qu’il en est du chômage à Bruxelles et en particulier dans ces quartiers. Mais quand j’en parle autour de moi, je vois bien les réactions : on me répond immigration. C’est un problème d’Arabes, le chômage. Le pire c’est qu’ils ont raison… Mais les Arabes, les gars d’Anneeessens ou d’ailleurs, ce sont des Bruxellois (même ceux qui n’ont pas de papiers). Ce sont mes voisins. Et donc leur bien-être me concerne.

        Mon bien-être passe par leur bien-être, je le sais.

        Je suis bien consciente que je serai moins embêtée, plus respectée (même si y aura toujours des cons, que le machisme ordinaire sera toujours à combattre), quand eux seront plus respectés au niveau social et politique. Quand les flics ne débarqueront plus dans le quartier comme des cowboys pour gâcher la fête comme vous le racontez, mais seront au service de la population. Moi, personnellement, des policiers, dans ce quartier, je n’en vois pas beaucoup. Ils paradent près des endroits à touristes, mais je ne les vois pas assurer la sécurité dans les sales quartiers, la sécurité pour tous, en premier lieu pour les habitants.

        Je ne crois pas que Sofie Peeters ait eu « ce qu’elle méritait » (je sais bien que votre propos est plus subtil, mais quand même y a de ça). En revanche, je pense que nous avons la société que nous méritons, au niveau collectif.

      • Linda Mondry dit :

        Ben je suis fort d’accord avec votre analyse. mais il faut savoir que chaque fois que j’ai consacré du temps à ces personnes ben non seulement ils ne m’ont pas embêtée mais j’ai partagé un bon moment de dialogue (sans plus n’allez pas imaginer des idioties) qui m’ont permis de me rendre compte que ce n’était pas des débiles. Et que bon… Ben on s’est chaque fois quittés bons amis. Voilà. Je sais on a pas le temps… Mais bon voilà. Imaginez une fois pas le temps, dix fois pas le temps, mille fois pas le temps… Bon ben… Voilà.Je donne toujours de la considération aux gens, et je n’ai jamais eu à le regretter.

  13. Philippe Schwarzenberger dit :

    Bonjour Linda,

    J’ai beaucoup aimé votre texte effectivement tout en nuances et ancré dans une observation fine des humains qui vivent ou passent dans ce quartier. Cette complexité que seul l’âge ou l’amour nous permettent de déceler est bien éloignée des stéréotypes dont on nous bassine les oreilles depuis longtemps.

    Le « reportage » en caméra cachée est il est vrai bien réducteur puisqu’il ne met en exergue que des faits (il est vrai bien réels) sans évoquer le contexte global.

    Je ne dis pas que les interpellations sexistes sont admissibles, loin de là, mais la généralisation est toujours perverse.

    Cordialement,

    Philippe

    • jacqueline dit :

      Le reportage montre un état de fait. Qui veut généraliser ? Vous ? Linda ? Les autres ?

      Il y a des maris qui battent leur femme. Il ne faut pas en parler parce vous êtes un gentil mari, que vous n’avez pas encore battu votre femme et qu’il ne faut pas généraliser ? Les hommes, tous les hommes les pauvres, seraient stigmatisés.

      Quand vous êtes insultée, contexte ou pas, vous êtes humiliée.
      Et si les insultes allaient à qui porte un kippa, on n’essaierait pas de démontrer que c’est un peu excusable vu le contexte global.

      • Linda Mondry dit :

        Je ne parle pas des insultes dans mon reportage tout simplement parce que je ne me suis pas faite insulter. Ca vous dérange?

      • Philippe Schwarzenberger dit :

        Bonjour Jacqueline,

        Les généralisations que j’évoquais sont celles qui sont … généralement pratiquées par une certaine presse qui se repaît de clichés relatifs aux jeunes hommes arabe-musulmans. Je ne nie pas les faits montrés par le reportage incriminé mais permettez-que j’en souligne l’utilisation réductrice qui en est faite. Je comprends par ailleurs l’approche de cette jeune réalisatrice et là s’arrête mon constat.

        Il y a effectivement des hommes qui battent « leur » femme et cela est malheureusement fréquent. C’est grave et important. Il y a aussi de manière très minoritaire des femmes violentes qui battent « leur » homme. Ces cas sont souvent présentés à la rigolade et à titre anecdotique. Comme ces violences intra-conjugales se passent entre deux individus il est rare que nous disposions des images de ces faits. Heureusement les reportages thématiques sur les violences faites aux femmes sont là pour attirer notre attention sur ces situations dramatiques. Je n’ai effectivement jamais battu la femme qui me supporte depuis plus de trente ans et il n’y a aucune raison que ça change. Je ne vois pas ce qui vous permettrait de croire que je suis un défenseur univoque de la gent masculine.

        Je puis vous dire que l’égalité la plus parfaite que je postule entre nous me permet d’affirmer que je rencontre un nombre bien balancé et équilibré de femmes et d’hommes qui me brouillent l’écoute.

  14. Pauline dit :

    Votre « reportage » est intéressant et montre effectivement une autre réalité humaine qu’il est bon de voir pour donner un contexte à tout ça.

    Malheureusement, votre besoin inutile de descendre l’autre reportage qui ne fait que montrer une réalité « factuelle » tout aussi réelle même si pas « de bout en bout » et alors ???? Prétend elle autre chose ? Attirer l’attention sur un problème, celà doit-il forcément être exhaustif pour être intéressant ? Au contraire, ça permet à des gens comme vous par exemple de donner d’autres version des choses qui complètent et c’est tant mieux.

    Je ne comprend pas du tout votre problème avec la caméra cachée. C’est un procédé utilisé pour montrer une réalité crue incaptable autrement, c’est parfaitement cohérent dans le cadre de sa démarche.

    Je suis particulièrement déçue par vos réponses aux commentaires en fait. Le reportage laisse voir quelqu’un qui parle par le prisme de l’humanité et de la compréhension avant tout, et ça respire l’intelligence sociale, l’accès facile et sincère aux gens, l’intéret réel. Dommage que ce soit complètement discrédité par votre posture vaniteuse et catégorique de « moi je n’ai pas eu ce problème parce que JE suis remplie d’une meilleure humanité, donc je ne me fais pas aggresser » . Je ne vois pas en quoi marcher dans la rue tout simplement est plus ou moins respecter les gens que d’aller s’intéresser à leurs problèmes. Ce n’est juste pas du tout la même chose. Au final c’est dommage parce que votre témoignage intéressant en devient presque dangeureux.

    • Linda Mondry dit :

      Ben moi je trouve que c’est le journalisme incomplet et partiel qui est plutôt dangereux. Véhiculer la haine ca apporte que de la haine. Et c’est ce qu’elle récolte apparemment. Bon ben oui, l’ouverture et le respect envers les autres, c’est plus efficace et ça fait beaucoup beaucoup moins de probs. Effectivement. Je vois mal en quoi on peut me reprocher cette attitude et la trouver dangereuse. C’est précisément ce qu’elle dénonce, alors pourquoi agir de la même manière? C’est très limité humainement et journalistiquement. Ca ne montre que l’échec de sa relation aux autres et bon ben voilà… Si elle bazarde un travail ben faut pas s’étonner qu’on lui réponde par un autre travail. La confrontation, faut l’accepter. Non?

  15. Pauline dit :

    Mais enfin…le sujet de son reportage n’est pas « les humains du quartier d’Annessens » c’est « regardez ce qu’il se passe quand vous êtes une femme et que vous marchez dans la rue là bas ». C’est peut être plus intéressant en soi d’avoir une image complète de la situation, du contexte, mais ça n’enlève rien à la force de ce qu’elle montre, à sa puissance évocatrice de vérité nue et crue, qui parfois fait du bien à être aussi rappelée, montrée tel quelle, soumise telle quelle à la sensibilité humaine qui la découvre sans qu’elle soit obligée de faire de la relativisation à tout prix pour que son propos soit intéressant, non ? Pour quelqu’un qui privilégie le terrain, je trouve que vous avez peu de considération pour l’évidence de la réalité. La nier n’aidera pas non plus.

    • Linda Mondry dit :

      Je ne nie pas la réalité du travail de sofie, pas du tout. Je montre juste la réalité du mien. Et dans ma réalité, à Anneessens, personne ne m’a insultée. Voilà. Je ne vois pas en quoi ce constat peut être dérangeant. Maintenant, j’y passe aussi sur le bd lemonnier, et j’ai jamais aucun problème. Quand des gens m’abordent, je leur réponds, comme je réponds à n’importe qui dans n’importe quel quartier. Voilà. J’ai pas peur, et ça se sent sans doute. Si je passais chez vous, vous le sentiriez également. Et c’est assez désagréable, imaginez, de rencontrer des gens qui ont peur de vous. A la fin ben… Voilà. Ce que je peux en dire, c’est que quand ça se passe mal dans une relation, il faut être deux pour créer cette mauvaise relation. Et que, jamais, la faute n’est seulement d’un côté. Alors ce que les jeunes d’Anneessens ont fait, on le voit sur le reportage de Sofie. Mais elle, ce qu’elle a fait, on ne le voit pas. Si les gars n’étaient pas au courant qu’elle avait une caméra cachée, elle l’était bien. Et j’imagine, qu’elle a bien pris garde à dire ou ne pas dire ce qu’elle voulait, ou ne voulait pas, en dire. Qu’est ce qui a mené à une aussi mauvaise relation? Voilà, alors si ça vous dérange que je n’aie pas eu de prob, a anneessens, très bien mais ça n’y change rien. Si j’y avait été insultée, je l’aurais sans aucun doute écrit. Ce n’est pas arrivé, c’est tout.

      • Lily dit :

        De nouveau, même si elle n’avait pas peur au début (on la voit discuter avec des hommes du quartier), les façons d’aborder ne donnent pas toutes envies d’engager la conversation (« tss, t’es bonne »), c’est très différent d’un bonjour ou autre.
        Je suis ravie que vous n’ayez pas été insultée, et ravie de voir qu’il y a des choses supers qui se passent dans ce quartier, mais le coup du machisme comme relation, c’est un peu gros.
        Quand on veut ouvrir une conversation, on le fait respectueusement, même si c’est maladroit.
        Si les insultes viennent face à une fille timide ou fermée, c’est l’insulteur qui a un problème, pas l’insultée, qui n’est pas en demande de relation, elle.

  16. francbelge dit :

    Si en se faisant traiter de salope Sofie Peeters n’a que ce qu’elle mérite, cela veut-il dire que l’auteure à mérité de se faire voler son appareil photo ? « Tu l’as bien cherché », c’est vraiment votre conclusion ?

    • Linda Mondry dit :

      Je n’ai pas écrit que sofie avait mérité ces insultes. Par contre, oui, en allant me confronter aussi directement aux gars du quartier et en y allant en tant que journaliste et avec un appareil photo, je courrais le risque de me le faire piquer. C’est un fait. Si j’avais pas décidé d’y aller, ça me serait pas arrivé. Alors oui, j’assume ma part de responsabilité. Maintenant, ais-je mérité qu’on me le vole, précisément. Non, je ne crois pas: j’y venais avec les meilleures intentions. Faut bien dire que les gars de la rue, ben oui… Ils vivent à Anneessens aussi. Le quartier aussi, ils le supportent. Et je pense que, franchement, ils reçoivent plein de truc à longueur d’années dans la tronche qu’ils ne méritent pas davantage que moi et sofie. Qui dira qu’à Anneessens, la population reçoit l’attention qu’elle mérite? Et qui dira que nous ne leur foutons, jamais, toutes les fautes et crimes du monde sur le dos sans vouloir regarder nos propres erreurs? Par contre, j’ai écrit que, tout comme moi, elle a le reportage qu’elle a réalisé, et donc qu’elle mérite. En tant que pro (ou presque) tout comme moi (même si pas presque mais avec pas mal d’expérience du métier).

  17. Lily dit :

    Comme Pauline, je suis plutôt choquée par vos réponses… Tout le monde n’a pas le courage ni le temps ni la connaissance nécessaire du quartier (ou que sais-je encore) pour avoir des relations telles que décrites ci-dessus. En quoi est-ce une tare de vouloir passer en rue sans attirer l’attention?
    Autant l’utilisation qui a été faite du film est assez immonde, autant il dénonce une réalité qui existe (que fais-ton face à ce constat, c’est une autre question, voir est-ce que ce constat est spécifique au quartier ou, comme je le crois malheureusement, plus répandu,..). Autant votre reportage pouvait apporter des pistes de compréhension, autant vos réponses me rendent perplexes quant à votre volonté de réfuter le propos.

    Quant à « Ben moi je trouve que c’est le journalisme incomplet et partiel qui est plutôt dangereux. Véhiculer la haine ca apporte que de la haine. Et c’est ce qu’elle récolte apparemment. Bon ben oui, l’ouverture et le respect envers les autres, c’est plus efficace et ça fait beaucoup beaucoup moins de probs », est-ce une variante de « elle l’a bien cherché qu’il faut y lire » ?

    • Linda Mondry dit :

      Non. Ce que je veux dire c’est qu’une attitude d’ouverture et de respect engendre, en général, une attitude d’ouverture et de respect en retour. C’est ce que je remarque au quotidien et aussi, évidemment, lors de mon reportage. Ben oui je sais, on n’a pas le temps…. on a ni l’envie, ni l’effort… Ben oui… Alors on n’en a pas les fruits. On préfère ceci ou cela… Ben oui… On reçoit ceci ou cela. C’est comme ça. C’est la vie. Pour moi, pour sofie et pour vous. Et parfois, oui, y’a des injustices. C’est pas les gars du quartier qui vont le nier.

  18. élisabeth dit :

    Vous êtes journaliste alors vous venez Boulevard Lemonnier pour discuter avec les gens et c’est très bien. Moi j’y travaille, j’y suis donc passante et j’aimerais pouvoir y passer sans qu’on m’enquiquine. Je ne vois pas en quoi passer dans une rue de façon anonyme sans aller serrer la pince aux gens que j’y croise serait pour eux un manque de respect. Je n’ai pas peur, et je ne pense pas que les maghrébins soient plus chiants que les autres. Peu m’importe de qui vient la chiantise, le problème, c’est qu’elle vient. Je trouve ça bien que Sofie Peeters ait fait ce film pour montrer la réalité des passantes anonymes pas journalistes du quartier Anneessens.

    • Linda Mondry dit :

      Je suis aussi parfois passante anonyme, rassurez vous. Et j’ai jamais de prob avec qui que ce soit dans n’importe quel quartier de bxl que ce soit. Et même, oui oui, quand je porte une mini. Ca m’arrive. Je dis pas que aucun mec me regarde et me dit un truc mais ça m’arrive partout quand je mets une mini. Même à Arlon. Bon, je ne me fais pas insulter pour autant… Je le constate, tout comme sofie constate qu’elle se fait insulter. Bon… Y’a des fois, je l’écris au début, où j’ai pas le temps, un sourire et voilà: « désolée j’ai pas le temps », je peux même rajouter parfois. Et ben… J’ai toujours pas de prob. Bon… c’est bien la première fois que j’entends que ne pas avoir de prob en rue peut déranger quelqu’un. J’trouve ça un peu étonnant. Si vous voulez, je peux aller résoudre la situation pour m’y faire insulter… Y faut faire quoi? Expliquez moi parce que j’y arrive pas. merci. J’vous jure que si ça m’arrive, je l’écrirai… Promis. maintenant, ben oui je fais mon métier comme sofie fait le sien. Oubliez pas qu’elle est une (presque) pro aussi… Pas seulement une simple passante quand elle y va avec sa caméra. On la prend un peu vite pour une blonde, je trouve.

      • élisabeth dit :

        Je suis complètement d’accord avec vous, moi aussi je me fais ennuyer ailleurs, dans d’autres quartiers aussi, parfois plus, parfois moins. Là n’est pas le problème. Le problème est qu’il n’est pas normal de se faire ennuyer dans la rue, quelle qu’elle soit. Ce qui m’étonne c’est que vous semblez gênée par le fait qu’elle affirme qu’on se fait ennuyer dans le quartier Annessens, parce que ce n’est pas votre réalité à vous quand vous y êtes. Mais du coup vous cherchez à affirmer l’exact opposé « non, tout va bien à Annessens pour une femme qui s’y balade ». Est-ce plus intéressant ? Ok, peut-être pour vous ça se passe bien, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. A part ça, vous vous demandez pourquoi Sofie Peeters n’est pas allée discuter directement avec les gens en annonçant qu’elle était journaliste, pourquoi elle n’était pas allée leur demander qui ils étaient et ce qu’ils faisaient là, caméra visible. Et bien c’est tout simple, parce que sinon elle aurait obtenu votre reportage à vous, qui est un reportage intéressant, de journaliste, mais qui ne retrace absolument pas la réalité des femmes pas journalistes qui ne font que passer… Je bosse dans une assez grande enseigne boulevard Lemonnier, je suis vendeuse, je vois énormément de monde tous les jours, personne ne m’y embête jamais, vraiment jamais, parce que je suis comme vous, j’aime les gens. Quand je sors du magasin, c’est différent. Je pense que les hommes qui sont chiants sont avant tout des hommes qui s’ennuient. Et personnellement c’est vrai que lorsqu’on me dit « t’es bonne », je n’ai ni envie de sourire, ni envie de dire « désolée je n’ai pas le temps » (??? vous dites vraiment ça ?), c’est sûrement ça mon problème relationnel !

  19. Linda Mondry dit :

    J’aimerais aussi rajouter un constat: dans le quartier Anneessens, quand je m’y suis promenée, il n’a été nulle question de religion. Si ça l’avait été, je l’aurais écrit. Mais on n’en a pas parlé, à aucun moment. Je n’ai pas eu de problèmes, à Anneessens, avec des musulmans. J’espère que ça ne dérangera personne. Vous remarquerez également que j’aime prendre le temps de répondre à chacun. Même si nous ne sommes pas d’accord. Même si ça vous choque et moi, éventuellement aussi. Oui, c’est vrai, j’ai l’habitude au quotidien de faire cela. Faut toujours faire attention à ce que ça ne parte pas en vrille, je le conçois.

  20. Anne dit :

    Vous êtes ce qu’on appelle une « machotte », et comme telle d’une arrogance phénoménale. Vous vous prenez littéralement pour superwoman en dépit de votre langage parlé pseudo populaire.
    Sofie Peteers, avec sa caméra cachée respectant le droit à l’image et floutant les visages, filme une fois ce qu’elle vit chaque fois qu’elle sort de chez elle dans ce quartier où elle habite depuis deux ans, elle. Contrairement à vous elle n’y va pas une fois tous les 36 du moins pour faire son petit reportage altermondialisant « oh oui comme c’est bô le multicultarisme ».
    Le sexisme existe dans toute les classes sociales et dans toutes les sociétés, et elle a fait d’une pierre deux coups parce qu’elle décrit à la fois ce sexisme universel ET celui du quartier où elle habite qui est un quartier à majorité immigrée et musulmane.
    Elle décrit une réalité dans laquelle une foule de femmes s’est reconnue sur le web. Mais avez-vous lu les nombreux tweets? Les commentaires des articles suscités par son reportage? Faites un tour sur Rue 89, sur une infinité de sites féministes ou simplement féminins, c’est édifiant. Les hommes sont « étonnés » par l’ampleur du phénomène tant il est nié, occulté, et c’est le grand « mérite » de son reportage que d’avoir mis le doigt sur cette plaie taboue.
    Bien sûr, évidemment que certains sites réac, néo-cons, de droite, le récupère de façon raciste. Et alors? De toutes façons ils récupèrent tout ce qu’on peut dire, y compris le féminisme. Parce qu’ils opèrent cette récupération il ne faut rien dire? Se laisser gentiment harceler sans moufter parce qu’il s’agit d’immigrés musulmans? Que nenni ma chère.
    Mais c’est ce que vous préconisez. tout ce que vous dites revient à dire « il ne faut pas provoque », c’est à dire exactement ce que disent les misogynes de tous poils neo-cons ou pas, le sexisme étant fort bien partagé à gauche également. Et c’est bien pour cela que vous répondez tout à fait dans l’argumentation de vos réponses aux commentaires à la définition de machotte.
    Avez-vous seulement remarqué qu’à la terrasse de ces cafés de quartier il n’y a QUE des hommes, à la différence des autres n’importe où ailleurs où la clientèle est mixte? Il n’y a pas là pour vous comme un problème? Non apparemment puisque vous avez l’air de trouver l’ambiance tellement cool. ça dépend des méchant blancs? De la pauvreté? De la ségrégation? Non mais vous vous fichez du monde! C’est très exactement comme au maghreb où vous ne trouverez JAMAIS une femme à la terrasse d’un café. Vous ne trouvez pas ça anormal?
    Et ne me faites pas rire avec votre histoire de « respect ». Un argument plus bidon, vous ne pouviez pas le trouver. Parce quand on sort de chez soi pour aller au taf, ou n’importe quoi d’autre, bref, pour aller vaquer à ses occupations quand on est une femme, selon vous il faut se mettre en condition style « bon je sors, je m’habille ad hoc pour pas choquer le mâle, je me colle un sourire d’ouverture à l’autre ». A d’autres…

  21. Willy dit :

    Bonjour Linda,

    Si vous avez raison de dénoncer l’utilisation que les médias font de ce mini-reportage de trottoir, qui est en filigrane orienté contre une certaine population alors que la misogynie est partagée par tant d’hommes de couleur, de condition sociale et de religion différentes, et intégrée par tant de femmes, je trouve désarmant votre argument « moi je n’ai pas été insultée ».
    J’ai vécu pendant un an dans une rue à majorité maghrébine, et j’ai vu le comportement de ces jeunes hommes qui traitent les filles comme des salopes lorsqu’elles sont trop blanches et / ou pas voilées.
    J’ai aussi travaillé dans une collectivité locale dont les élus avaient un comportement certes plus policé mais tout aussi odieux, et dans un rapport de pouvoir tout a fait différent avec les femmes, qui leur ouvre des opportunités de soumission spontanée de la part des femmes que n’auront sans doute jamais les premiers cités…

    Peut etre peut on suggérer a sofie de realiser aussi un reportage dans la bonne « bourgeoisie » anversoise, chez ses notables ?? peut etre y trouverait elle plus de revelations surprenantes que dans un quartier populaire bruxellois ?
    Oui, beaucoup de maghrébins sont phallocrates, mais c est aussi le cas de bon nombreux de vieux mecs blancs chretiens au pouvoir, et pourtant on se rassure en se disant que la barbarie c est les « autres ».

    Moi c est ca, plus que le constat, qui me derange dans l utilisation que cette sofie a laisser faire de son reportage, dans la mesure ou ce n etait pas intentionnel.

    • Linda Mondry dit :

      Ben évidemment que le machisme et les insultes sont répandues dans toutes les couches de la société. Maintenant ben, j’suis désolée mais je ne me suis pas faite insulter. Bon ben voilà, c’est donc que c’est possible. Au moins. Maintenant ben oui, c’est surtout l’utilisation qui en est faite par les massmédias qui me révolte. C’est une vue réelle, sans doute pour elle (pas pour moi) mais ça reste de la pure façade, un travail purement sur les apparence et pas du tout d’enquête sur le fond. Pas d’explications des causes… ‘fin voilà. Mais bon c’est l’habitude généralisée pour tous les sujets ou presque dans les massmédias à propos de n’importe quel sujet. Maintenant que sofie n’aie pas pensé cela de manière intentionnelle ben j’en sais rien. Je peux juste dire que je n’ai pas été confrontée à ce prob. D’ailleurs j’en viens encore du bd lemonnier, voilà j’avais des courses à faire, et bon ben tout c’est bien passé comme d’hab. J’vous jure j’étais pas du tout, avec ce soleil, en burka. Mais bon, ce que je sais aussi c’est qu’avec les gars d’anneessens ben faut pas non plus les chercher. Et là, comment elle est arrivée à cette situation que je n’ai pas rencontré ben j’aimerais bien qu’elle me l’explique depuis le début. pas juste le constat final. Elle a du préparer son reportage, tout comme moi. Et bon… Ben oui, on prépare le terrain d’enquête, c’est un fait. Elle a choisi son angle d’attaque, c’est pas le mien. Bien au contraire. Mais ce n’est pas seulement une petite jeune fille qui se fait insulter, c’est tout comme moi une personne qui a réalisé et préparé un reportage. C’est pas du one shot, sur le fait par hasard. C’est pas vrai. C’est une (presque) pro. Je le suis aussi, pro. C’est pas de l’innocence pur jus. C’est du travail. de la préparation, de la réflexion etc etc… Autant pour elle que pour moi.

  22. Linda Mondry dit :

    Maintenant ce qui m’étonne un peu c’est que personne ne semble s’intéresser aux rapports des jeunes et de la police, sur le fait que les drogues s’offrent ouvertement dans toute la ville, sur la problématique du logement et la confrontation des cultures, sur le fait qu’autant de gens doivent survivre hors de la légalité, sur la discrimination à l’embauche, etc etc… ca n’a pas l’air de choquer grand monde ça par contre. Tout comme personne ne semble s’enthousiasmer sur les efforts de mon guide pour créer quelque chose de bon dans son quartier, sur les réels talents musicaux et créatifs de ces jeunes… ‘fin voilà. En gros, on prend une fois de plus tout ce quartier pour un grand merdier sans jamais voir leurs qualités. Et bon ben voilà, les jeunes n’ont pas non plus leur langue en poche… Ni pour se révolter, ni pour être positifs. Ca ne m’étonne pas une seconde que ça puisse merder. Si on ne fait rien pour améliorer leur situation ben ça va être de pire en pire. Faudra pas s’étonner.

    • Lily dit :

      Ah mais, si, c’est très choquant aussi, bien entendu, la déshérence de ce quartier. Et c’est fantastique de voir des initiatives individuelles (qui malheureusement ne pallient pas au manque d’implication des pouvoirs publics) pour rendre la vie plus agréable. J’adorerais en savoir plus d’ailleurs sur les structures qui permettent de faire bouger les choses pour ces riverains,d’avoir des reportages sur la vie du quartier loin des clichés habituels, ce que vous faites si j’en crois les autres articles du blog. C’est bien, ça ouvre l’esprit, ç permet de comprendre et de faire tomber des fantasmes.

      La question est juste de ne pas hiérarchiser les luttes (s’en prendre aux passant(e)s est se tromper de colère, selon moi, même si cette colère est parfaitement légitime, le machisme ne l’est pas). Et votre reportage est explicitement une réponse à celui de Mme Peeters, il me semble. Il est donc normal que les commentateurs répondent là dessus aussi. Surtout que vous évertuez à imputer à la réalisatrice une faute qui justifierait les insultes.

      • Linda Mondry dit :

        Je ne m’évertue pas à lui imputer une faute mais je dis que j’ai pas ce genre de probs quand je vais à Anneessens. je vais pas les provoquer pour faire plaisir à Sofie. J’y peux rien, j’y suis encore retournée hier et quand des gens s’adressent à moi, je prends leur paroles en considération, je ne m’enfuis pas, je ne montre pas de crainte, j’accueille et même si , au départ, la personne a des préjugés sur moi, elle n’en a plus ensuite. C’est toujours comme ça quand on consacre un peu de temps aux autres. C’est ce que je fais, et ça marche très très bien. C’est tout. Et bon ben… Ca me permet d’aller un peu plus loin dans la compréhension du quartier. De fait.

  23. Fasoul dit :

    Salut,
    C’est du vécu et en plus, tous les endroits, sont ceux que je connais … merci, cela me fait du bien de lire Bruxelles ma belle au travers de ces infos …
    Chris

    • Linda Mondry dit :

      Oui, j’aime ma ville dans toutes ses composantes. Et Anneessens aussi, ‘videmment. Je sais, les gens comprennent difficilement, mais c’est aussi un quartier que j’aime bien. J’suis toujours heureuse d’offrir cette reconnaissance de ce qu’il y a de bon dans la vie des gens. On le trouve évidemment partout sous la couche des problèmes. Ravie que ça t’aie plu. Merci pour ta lecture.

  24. Lily dit :

    @Linda, je me suis permise de citer cet article dans un autre blog, dont la réflexion portait sur le harcèlement de rue et la réponse à apporter. Je pense qu’il est question de ça ici, même si votre réponse/votre analyse n’est absolument pas la mienne. Si ceci vous dérange, n’hésitez pas à demander à Crêpe Georgette de supprimer mon post.

  25. tijeromebosch dit :

    pendant que le quartier schuman planifie un crash social pour sauver un système financier nihiliste
    vous nous apprenez qu’il y a malgré tout du « savoir vivre » dans le quartier anneessens
    merci pour votre disponibilité Linda, répondre a chaque post, expliquer votre démarche, défendre un point de vue complexe,
    waw vous êtes vraiment une journaliste hétérodoxe donc ;-)

    • Linda Mondry dit :

      Ha ben oui, je ne néglige jamais quelqu’un qui s’adresse à moi. C’est sans doute pour ça que j’ai pas de prob réels à Anneessens. ;) J’suis pas sûre que la réalisation d’une reportage sur le harcèlement sexuel dans le quartier schuman et ses bureaux trouverait autant de massmédias preneurs de l’info. C’est beaucoup moins risqué de taper sur le quartier anneessens…

  26. gvdm dit :

    Je suis scandalisé par le titre de votre papier, qui sous-entend que Sophie Peeters n’a que ce qu’elle mérite.

    J’ai fréquenté assidument le quartier dont il est question pendant plus de sept années, parce que j’y suivais des cours du soir à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Le public de ces cours du soir n’est pas constitué – loin s’en faut – des réacs qui postent des propos haineux dans les forums de la Dernière Heure ou autres. C’est un public précisément multiculturel, à l’image du centre de Bruxelles: j’y ai croisé quantité de gens de l’Est, mais aussi des Français relativement nantis qui se sont établis à Bruxelles pour leur retraite, des Algériens, des Marocains, des Grecs, des Turcs, des orientaux, des Italiens… allant du chômeur au fonctionnaire européen.

    Détail intéressant, l’atelier que je fréquentais était celui de dessin d’après modèle nu, modèles qui comprenaient fréquemment des jeunes filles nord-africaines… et parmi eux et elles beaucoup de gens issus des écoles de cinéma, un milieu sans doute comparable à celui où évolue Sophie Peeters, bohème et ouvert, sans être bourgeois.

    Il est un fait incontestable que les femmes y faisaient allusion à l’aggravation du sentiment d’insécurité ainsi qu’à l’extension des comportements de harcèlement et d’agression tels que ceux décrits par le reportage de Sophie Peeters.

    • Linda Mondry dit :

      Encore une fois vous lisez trop vite: je n’ai pas écrit les insultes qu’elle mérite mais le reportage qu’elle mérite. Je sous entends par là qu’elle est tout autant une pro (ou bientôt) que moi et que son angle d’attaque est le fruit de son propre choix. Comme j’ai choisi, moi-même en tant que professionnelle, un angle d’attaque qui m’est propre. Et que, dès lors, nos reportages mènent à des constats, et des conclusions, bien différents. Elle n’est pas une fille journalistiquement innocente et pure: un terrain d’enquête, ça se prépare et, à chaque instant, nous sommes tous, en tant que journaliste ou réalisatrice, responsable de nos choix. Ne pas l’admettre serait, je pense, très malhonnête.

  27. anjing dit :

    Je comprends que certains lecteurs puissent être perplexes, voire gênés, par vos réponses et commentaires en regard de votre reportage globalement intéressant et profond. En outre, il me semble que ces commentaires où chacun se renvoit la balle comme un set interminable à Roland Garros passent à côté du vrai problème, de ce qui gêne réellement. Il s’agirait de cette réponse récurrente, contre-productive et sans aucun poids argumentatif : « Ca ne m’est jamais arrivé ». S’il existe des femmes à qui des hommes adressent la parole en pleine rue de manière irrespectueuse sans pour autant être systématiquement insultante, « Ca ne m’est jamais arrivé » n’est pas une réponse productive ou un argument. Le problème n’est pas que cela ne vous soit pas arrivé, comme vous semblez le penser, ce n’est pas un problème du tout, au contraire, c’est une merveilleuse chose pour vous, le problème c’est que le fait que ça ne vous soit pas arrivé vous serve de contre argument face à des femmes dont cette situation représente le quotidien. Cette réponse donne presque l’impression que si l’on s’adresse à vous de façon irrespectueuse dans la rue, c’est de votre faute. C’est que vous faites quelque chose de travers…
    Et si c’est effectivement ce que vous pensez, et ça peut bien sûr être le cas dans certaines situations, il est effectivement des gens qui ne font que passer et subissent néanmoins des propos désagréables. Quel est votre avis sur le sujet? Faut-il répondre à cela « A moi ça ne m’arrive pas, alors je ne rentrerai pas dans le sujet? ».
    Enfin, j’aime l’idée d’approcher les gens, d’approcher ses voisins, de façons humaine, sans préjugés ni a priori, mais j’ai parfois la sensation dans vos commentaires que vous basculez vers une forme de « tout le monde est beau, tout le monde est gentil, soyons tous souriant et aimable les uns envers les autres ». C’est effectivement le monde dans lequel je voudrais vivre plus que tout. Cela dit, pour avoir fréquenté pendant 6 mois des sans-domiciles et d’autres hommes très pauvres trainant souvent dans le quartier de la gare centrale, je croit aujourd’hui que les bons contacts, les bonnes relations sont une question d’attitude, comme vous le défendez, mais seulement dans une certaine mesure. En effet, parmi ces hommes extrêmement intéressant et riches du point de vue humain, nombreux sont ceux qui consomment des substances altérant leur perception des choses ou leur personnalité, et parfois, il arrive sans aucune raison que ces personnes se sentent profondément agressées et sombrent dans un délire paranoïaque jusqu’à devenir violent. Les relations avec des personnes profondément fragiles (et fragile n’est pas un terme négatif à mes yeux) dépendent de nombreux facteurs dont l’attitude, la gentillesse et l’humanité de l’interlocuteur sont, me semble-t-il, loin d’être les seuls. Puisque vous proposez de traiter le sujet des relations avec des populations pauvres, fragiles, en profondeur et avec acuité, il me semble étrange que vous vous arrêtiez à dire que ces relations ne dépendent que de l’attitude que l’on adopte face à ces populations.
    Je suis très heureuse que vous ayez vécu une expérience positive avec ces personnes que vous avez rencontrées, et je voulais simplement éclaircir ce problème récurrent au sein des commentaires, les relations ne sont peut-être pas si simples que vous le croyez… en outre vous aurez remarquer que contrairement à vous, j’ai pris beaucoup de réserve en écrivant ces quelques mots, j’ai donné mon point de vue en le ponctuant de « peut-être », « il me semble », « je crois », car il s’agit de mon opinion et en aucun cas de la vérité absolue.
    En ce sens, je partage la gêne de certains lecteurs face à certaines de vos réponses très « catégoriques ». Mon père étant journaliste de profession, je sais que l’impartialité et la remise en question sont parmi les qualités les plus importantes afin d’exercer ce métier sans sombrer dans une forme de propagande. Vous défendez votre opinion et cela est extrêmement louable, mais peut-être cet opinion perd-il de sa force en étant défendu de façon si dure.

    • Linda Mondry dit :

      Il va de soi que je ne m’exprime pas dans mes commentaires exactement de la même manière dont j’écris mes papiers. J’ai une opinion. Parfois bien tranchée, oui. Je pense effectivement qu’il faut travailler, au quotidien, la relation avec les gens qui croisent notre route. J’vais vous donner un exemple. Il y a deux jours, j’ai croisé un gars un peu paumé. Franchement il avait un aspect assez inhabituel, il ne parlait pas français, il était manifestement pauvre, vu ses vêtements, et il était tout aussi manifestement musulman et croyant. Il portait même la barbe « réglementaire ». Ce gars est arrivé dans mon dos alors que je marchais en rue en portant un sac assez lourd. Je me rendais à la gare. Bon… Je me suis un peu demandée ce qu’il me voulait. Je me suis retournée, il a essayé de m’expliquer quelque chose d’assez embrouillé jusqu’à ce que je comprenne que c’était le ramadan et qu’il tenait à m’aider en portant mon sac. Il m’a accompagnée jusqu’à mon train, en me délestant. Et puis nous nous sommes quittés, évidemment, très amicalement. Je trouve qu’on a beaucoup beaucoup beaucoup de préjugés sur ces populations. Et qu’il faut parfois faire l’effort de se pencher sur leurs cas. Si tout le monde, femmes et hommes, agissait avec un peu plus d’ouverture et d’attention, ils ne nous renverraient sans doute pas un rejet aussi violent que celui que nous leur faisons subir depuis des années, si pas des dizaines d’années, au quotidien. J’aurais pu m’effrayer de cette situation, y’avait en apparence de quoi, mais ça aurait été franchement ridicule de ma part. Alors oui, y’a une fracture, violente parfois, mais il faut la regarder dans les deux sens si on veut la désamorcer. Il ne suffit pas de presser le pas ou de marquer son ennui. Quand on passe pendant deux ans dans un quartier, ça finit parfois par se remarquer. Et des insultes comme ça, j’en ai jamais récolté. Alors je ne vois pas pourquoi, sur un pur article de terrain, je décrirais quelque chose que je ne constate pas. Pour ce qui est du machisme, du sexisme et des insultes, pour le reste, je le constate partout sous des formes différentes en fonction des milieux. Et pas seulement chez les paumés. Quant à mon avis sur le but ultime d’un reportage, je préfère ma radicalité à la violence du travail de Sofie.

      • anjing dit :

        Je suis tout à fait d’accord, comme je l’ai dit dans mon commentaire, sur l’importance de travailler les relations avec nos voisins, et de toujours dépasser les préjugés bien ancré en nous. Et je n’ai aucunement fait de reproches sur le contenu de votre reportage, il serait en effet ridicule d’y introduire des faits que vous ne constatez pas. Quant au reportage « femme de la rue », je ne l’ai pas vu, je ne me permettrais donc pas d’en commenter le contenu ou la démarche. Ce que je disais, c’est que dire « ca ne m’est jamais arrivé » n’est pas une réponse ou un argument face à quelqu’un victime de déclarations déplacées ou grossières dans un lieu publique. C’est bien dommage, car au delà de cette réponse peu constructive, vous avez de réels arguments, entre autre rester ouvert et dépasser nos préjugés qui influencent jusqu’à notre langage corporel et nous trahissent.

  28. Christine Godderidge dit :

    Mais, dites-moi, que répondriez-vous exactement si, par le plus grand des hasards, pour la première fois de votre vie, et sans provocation de votre part, l’on (n’importe qui) vous lançait : « Eh, grosse salope, sale pute, t’as rien à foutre ici ! » ? Donnez-nous la recette pour établir une relation amicale avec cette personne, s’il vous plaît !

    • Linda Mondry dit :

      Oui, c’est vrai, nos comportements inconscients, souvent, nous trahissent. Pour Christine: ben ça ne m’arrive pas tout simplement parce que je ne laisse jamais une situation dégénérer à ce point. Moi les trucs qui partent en vrille, c’est pas mon truc. Quand on sait, dès le départ, accueillir l’autre, sa détresse éventuelle et sa différence ben… Ca n’arrive tout simplement pas. Même que, souvent, on trouve une richesse. Et qu’on soit mec ou nana n’y change absolument rien.

  29. Eric dit :

    Je viens de découvrir ce billet qui remet quelques pendules à l’heure, même si c’est encore une expérience différente de la mienne et mon épouse. On habite très près du quartier Anneessens depuis quelques années et on ne comprend pas toujours le « buzz » autour de ce quartier… comme si c’était le pire, alors que franchement…
    Après la diffusion du reportage de S. Peeters, on a beaucoup discuté, ma femme et moi et quelques voisins, du quartier, du sentiment d’insécurité et du harcèlement de rue; des trucs qu’on avait jamais vécus nous-même depuis qu’on vit ici, cela fait plus de 6 ans.
    Bref, on a aussi donné notre avis sur un blog il y a quelques semaines. Un point de vue un peu différent, je suppose : http://coudenberg.org/2013/02/01/mais-ou-est-ce-que-vous-allez-vous-mettre/

    A lire, mais surtout à écouter (l’écrit ne reprend pas toutes les nuances et simplifie un peu, même si on est d’accord avec le résumé)
    En gros, pour nous, le problème du quartier ce n’est pas l’insécurité (ou le sentiment d’insécurité), ni le harcèlement (quoiqu’on ne nie pas son existence !), ni les tensions entre les gens: pour nous, vraiment, c’est la saleté de rue, l’incivilité, le manque d’espaces verts, un fossé qui sépare les bonnes et les mauvaises crèches, les bonnes et les mauvaises écoles…

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