Passage derrière l’écran (6): Visa pour un royaume d’indifférence?
Longtemps, on n’a vu des roms que leurs cortèges de caravanes s’installant sur l’un ou l’autre parking ou terrain vagues. Et, déjà, leur passage ne suscitait pas vraiment l’enthousiasme. Maintenant que les frontières est-européennes se sont ouvertes, ils arrivent plus nombreux mais, cette fois, sans le moindre abri. On peut mesurer, aujourd’hui, l’ampleur de leur misère dans nos propres rues bruxelloises alors qu’ils fuient la stigmatisation dont fait l’objet leur communauté dans leurs pays d’origines. Lorsque je parle d’eux autours de moi, le moins que l’ont puisse dire c’est que je n’entends pas que des messages de bienvenue à l’égard de ces citoyens pourtant bien européens. Non, la Belgique ne semble pas davantage capable de leur offrir un meilleur sort que celui réservé à l’Est et qui, pourtant, avait en son temps suscité une réprobation aussi distante qu’indignée. Difficile, parfois, de redescendre d’un balcon somme toute plutôt confortable.
« Ce qui choque le plus ce n’est pas l’agressivité des méchants mais l’indifférence des gentils » , mentionne un unique calicot installé sur la Place Gaucheret. C’est dans la commune schaerbeekoise que se sont installés quelques dizaines de roms avec comme seul confort un toit de béton d’un mètre et demi de large. Les matelas s’amassent le long d’un bâtiment abritant une association schaerbeekoise d’aide à l’intégration (sic) en espérant, sans doute, que la prochaine pluie tombe plutôt… verticalement. Des sacs de victuailles s’entassent dans un coin tandis que s’entremêlent partout jouets et poussettes d’enfants. Il n’y a qu’un coeur de pierre pour ne pas s’émouvoir de ces conditions de vie proprement désastreuses: ni eau courante, ni électricité, ni wc, ni… rien du tout en fait. Samedi dernier, une poignée de « gentils » a donc tenté d’attirer les feux médiatiques sur cette situation qui perdurait déjà depuis une bonne quinzaine jours. En fait depuis qu’ils aient été expulsés de la gare du Nord toute proche. Chacun avait apporté quelques victuailles promptement et convivialement partagées sur une table dressée au milieu de la place. Tandis que les autorités communales avait apporté leur obole en y installant, très heu… opportunément, deux toilettes de chantier. Une générosité n’ayant d’égal que la bienfaisance du soleil de cet été indien hélas maintenant terminé.
J’entends d’ores et déjà les sarcasmes à l’encontre de la naïveté bien-pensante de ces écolos-gauchos-branchos-bobos, et j’en passe. Il faudrait bien entendu d’abord s’indigner des conditions de vies de nos propres sdf bien belgo-belges qui ne semblaient pourtant pas bénéficier, il y a quelques années encore, d’une telle sollicitude. Il faut croire que la couleur d’une peau ou l’expression d’une culture rendrait la misère plus acceptable ou aisément vivable. Pourquoi pas l’image d’Epinal de l’africain souriant le ventre creux sous un soleil radieux? « Aucun être humain n’est illégal » , rétorquent alors les belges présents ce samedi dernier sur la place Gaucheret. Pouvons-nous, dès lors, accepter toute la misère du monde? Et ces gens ne sont-ils pas venus pour profiter de notre système social aux abois pour s’enrichir éhontément? Je reste, pour ma part, assez pantoise de constater à quel point les personnes qui n’ont pas un sou en poche sont les plus souvent accusées du pillage de nos richesses. Il en allait auparavant bien sûr de même pour des chômeurs qui « profitent » aujourd’hui d’une réprobation moins radicale. La réalité de ces réfugiés de l’intérieur est pourtant toute autre. En provenance de Tchéquie, on ne peut dire que leur conditions d’existence soient particulièrement enviables. Dans ce pays, des milices d’extrême-droite se livrent à des agressions délibérées sur leur communauté tandis que, parmi d’autres exemples, ont peut également pointer l’installation d’une porcherie, oui d’une porcherie, sur le lieu d’un ancien camp de concentration destiné à leur éradication. Symbole suffisamme
nt parlant que pour ne plus en rajouter. Oui, l’Europe possède également ses minorités opprimées.
Peut-on pour autant dire que, lors de cette petite après midi festive, tous les problèmes aient été résolus dans le meilleur des mondes? Bien entendu non et les personnes présentes ne s’en trouvaient pas moins désemparées que d’autres restant volontiers les bras croisés. « Que va-t-il se passer dès ce soir quand nous serons repartis? Et surtout quand, bien évidemment, la pluie fera sa réapparition? » Une riveraine d’origine marocaine se joignant au groupe pose les questions de l’urgence sanitaire en des termes déjà peu gracieux: « Ca fait mal au coeur bien entendu, mais nous n’avons pas envie de voir cette saleté sous nos yeux. » Le déplacement vers d’autres cieux semble alors la position la plus communément admise parmi les habitants et, donc, par les autorités communales. Pourquoi pas Ixelles? Et pourquoi pas plutôt Uccle ou Watermael-Boitsfort? La région de Bruxelles-capitale serait largement surchargée. Les Wallons alors? Les centres d’accueils seraient
remplis suite, notamment, à la compression du personnel consécutive à la diminution des demandes d’asiles en 2007. Personnel aujourd’hui pourtant largement submergé par la lenteur des procédures de régularisation, toujours dénoncée par les sans-papiers eux-même, et la reprise de l’afflux de ces dernières années. Les flamands alors? Ils ne respecteraient pas la clé de répartition de prise en charge des demandes d’asile décidée au niveau fédéral. Ou comment quelques dizaines de roms posant leur fesses sur une place bruxelloise provoquent une crise communautaire belgo-belge. Pas sûre qu’ils en aient réellement conscience, ni que le sujet soit davantage sur la table des négociations institutionnelles. Dernière plaisanterie en date entendue sur la place Gaucheret? « Cite moi une bonne action du gouvernement réalisée depuis un an… Heu… Cherches pas: y’a pas de gouvernement. »
A peine arrivée, un grand rom plutôt musclé m’avait exhibé fièrement ses tatoos tout en cherchant à m’embrasser. Peu incommodée par cette démarche que je rencontre souvent en rue parmi les sans-papiers, ils cherchent une belge à épouser, je tâche de déjouer ses avances sans le repousser lui même. C’eut été un comble. Cherchant à communiquer au travers de langues réciproquement incompréhensibles, il m’exhibe des papiers d’identité belges peut-être douteux tandis qu’un de ses compagnons me présente les siens. Bien tchèques et sans ambiguités ceux-là. Difficile de s’immerger dans leur réalité et de comprendre les voies utilisées pour accéder à une citoyenneté belge apparemment bien moins symbolique que l’européenne. Lorsque certains d’entre-eux ont été placés en centre d’accueil ou régularisés, d’autres auraient immédiatement pris leur place. Le robinet de leur misère et de leur immigration ne se tarit évidemment pas si facilement. Pas sûre qu’à leur yeux le campement de la place Gaucheret ne se mue pas, dès lors, en une porte d’entrée vers notre pays. Pas sûre, non plus, que cette hypothèse ne pousse pas également les autorités communales à leur dénier jusqu’à la plus élémentaire aide humanitaire. Mais peut-on culpabiliser des belges à s’indigner de leur misère? Sur la place Gaucheret, une jeune fille a fait le déplacement en train depuis
Libramont, avec une très encombrante valise bourrée de victuailles, pour animer quelques ateliers à destination des enfants. Tandis qu’un couple en provenance de Rochefort affirme: « Il y a un moment où on se dit qu’on ne peut pas rester à ronchonner les bras croisés devant sa télé. » La manifestation, bien sûr non autorisée, a alors suscité cette mise en garde opportune de la police envers les organisateurs: « Si un accident devait arriver durant cette après-midi, vous en seriez tenus pour responsables. » Prions dès lors pour qu’ils se cassent plutôt la figure quand ces bonnes âmes seront parties. Et qu’il n’y aie plus personne pour se sentir concerné.
Les enfants ne détiendraient-ils pas, une fois de plus, une des clés de cette problématique? C’est, on l’admettra, un plaisir toujours renouvelé de les voir s’amuser si facilement ensemble. Pour eux, la rencontre ne s’embarrasse bien entendu pas de la culture ou des problèmes d’intégration sociale ou économique. Et ça plaît à chacun. Les adultes présents ne détenaient finalement pas davantage de solutions. Le groupe informel constitué via Facebook, qui me pousse à intégrer cet article dans la série des « Passage derrière l’écran« , n’avait sans doute pas considéré l’organisation de ce pique-nique comme un effort démesuré. L’ambiance fort agréable sous ce soleil automnal avait bien de quoi contrecarrer les esprits les plus chagrins. Ce n’est peut-être pas grande chose mais si, à tous niveaux, nous nous attelions à la tâche peut-être pourrions nous enrayer cette détresse qui ne peut que faire honte à la conscience européenne. Thomas Hammarberg, commissaire au droits de l’homme d’une Union dont, rappelons-le, notre pays fait bien partie mentionne des solutions, connues d’assez longue date, dont nos autorités communales, régionales et fédérales pourraient s’inspirer sans trop de difficultés. Je suis repassée par la place Gaucheret ces jours derniers pour constater comment ces roms s’apprêtent à
passer leurs nuits pluvieuses alors que les nuages recommencent à s’amonceler sur Bruxelles: des bâches en plastiques bricolées scotchées au mur afin de recouvrir les quelques matelas devant abriter hommes, femmes, enfants, bébés et personnes âgées. Le choix vertueux de l’accueil ou celui, vicieux, de l’anti-tziganisme se trouve bien aujourd’hui au pas de nos portes. Et pas seulement schaerbeekoises. Peut-on, décemment, jouer à se renvoyer la balle lorsque celles-ci sont… des êtres humains?
Texte et photos: Linda Mondry










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C’est assez curieux en fait, un peu partout en Wallonie, y compris en Brabant Wallon on voit depuis quelques mois assez bien de campements de ROMS avec voitures de grosses cylindrées et belles caravanes Tabbert, ils ressemblent plus à des vacanciers que les ROMS de la Place Gaucheret et avant cela de la gare du Nord. Certains arrivent en Belgique dans le plus grand dénuement et d’autres n’ont pas l’ai ni malheureux ni en situations d’exclusion sociale, même s’ils font l’objet de la méfiance des gens habitent non loin de leurs campements qui ne sont en général pas dans les campings prévus pour et où il convient de payer des locations. Plus on va avancer vers l’hiver et la froidure plus on va assister à autre chose que l’unité des SDF et des sans-papiers dans la rue. Si pour ces deux catégories il y a des initiatives qui se mettent en place dans les villes importantes ce ne sera jamais assez et on va tout droit vers des batailles de chiffonniers dignes du ventre de Paris qui pour un toit, qui pour un quignon de pain. D’un côté des familles avec enfants, de l’autre des isolés (mais groupés) dans un état d’ébriété constant et par dessus tout des services sociaux officiels qui honnissent des bénévoles bien intentionnés mais non coordonnés et souvent trop crédules. Quand on se promène à Bruxelles cette grande artère que sont les Boulevards Anspach puis Lemonnier vers la gare du midi on croise plus de mendiants que de touristes asiatiques pourtant fort nombreux par là à Bruxelles, beaucoup de belges en tous cas, dans la cinquantaine vissés aux goulots de leurs bouteilles et cannettes de bière fortes du matin au soir, mendiant de temps à autres et éructant contre les étrangers, on voit d’ailleurs fort peu d’étrangers mendier, aucun africain d’ailleurs. J’écris tout ceci sur base de constats que je faits de plus en plus tant à Liège qu’à BXL et ailleurs, je crois qu’on va vers de la violence et des morts dans les rues et pas rien que de froid et de faim, je pense aussi que les rues vont devenir des coupe-gorge à brève échéance et que cela concernera tout le monde et plus seulement les femmes seules ou le Messieurs rentrant îvres chez eux. Linda tu va encore beaucoup en voir pour tes reportages… et du plaisir à te lire aussi.
Tant mieux, c’est ce que je préfère. Voir. Même si bon… La réalité que tu décris n’est heureusement pas la seule.